Croire en soi ne suffit pas (Et le répéter en boucle n'y changera rien)

NB : Ce post n’a pas (seulement) pour but de démontrer que la méritocratie est un mythe ça, vous le savez sûrement déjà :) L’enjeu, c’est plutôt de creuser comment ce mythe se recycle, se transforme, et surtout : comment il opère.

Adelphité
4 min ⋅ 26/06/2025

La méritocratie n’est pas un rêve pour tout le monde. Pour certain·es, c’est une arme :

Dans un extrait devenu viral, le streameur PapeSan affirme que s’il a réussi, c’est parce qu’il a “travaillé”, “cru en lui” et “n’a pas abandonné”. Il appelle les autres à “arrêter d’avoir une mentalité de faible” s’ils veulent s’en sortir, une rhétorique dure, brutale qui rappelle, sans second degré, le mème “Tu es triste ? Arrête.”

En réaction, des dizaines de personnes ont pris la parole pour raconter leur propre parcours : des années d’efforts, d’études, de sacrifices… sans que la fameuse “réussite” n’arrive. Ce qu’elles dénoncent, ce n’est pas le travail, c’est l’injonction violente à croire que tout dépend uniquement de soi.

Le message de PapeSan s’inscrit dans une grammaire viriliste où la réussite se gagne “à la dure”, par la force mentale, le travail acharné, et l’endurance. Ce n’est pas un hasard si les termes utilisés (“mentalité de perdant”, “faibles”, “travailler”) rappellent les codes du développement personnel masculiniste, où la vulnérabilité est ridiculisée et la souffrance valorisée.

Car ce type de discours ne motive pas, il écrase. Il invalide les trajectoires marquées par la précarité, la maladie, les discriminations systémiques. Et il transforme chaque individu en entrepreneur de lui-même, censé surpasser les barrières sociales par la seule force de son mental.

Ce qui permet d’éviter soigneusement toute discussion sur les structures (école, emploi, logement, santé, violences institutionnelles…)

Depuis ses origines, la méritocratie sert à justifier la hiérarchie sociale. Elle repose sur une idée simple : si tu veux, tu peux. Autrement dit : si tu ne peux pas, c’est que tu ne veux pas (pas assez du moins).

...

Adelphité

Par Adelphité France

Les derniers articles publiés