Saviez-vous que la position allongée pour accoucher a été imposée à partir du XVIIe siècle… pour permettre aux chirurgiens d’utiliser leurs instruments ?
Face à la mésinformation sur l’accouchement, Eugénie Nagel, 24 ans, diplômée en Histoire européenne des femmes et du genre à l’Université Lyon 2 (spécialisée sur la France et l’Angleterre aux XVIIe-XVIIIe siècles), retrace comment les savoirs des femmes ont été progressivement effacés au profit d’une médecine conçue par et pour les hommes. Elle nous raconte comment les gestes, les choix, et même la posture des femmes ont été reconfigurés au nom de l’expertise (souvent masculine) et ce que cela dit de notre rapport actuel au corps et à la naissance ⬇️
N.B. : Si ce texte utilise majoritairement le terme « femmes », il est essentiel de rappeler que l'accouchement, hier comme aujourd’hui, n’a jamais concerné exclusivement les femmes cisgenres. Des personnes trans et/ou non binaires ont aussi pu accoucher, même si leurs existences ont été largement invisibilisées dans les archives et les récits historiques.
Avant que l’obstétrique (cette branche de la médecine qui s’est imposée comme l’autorité sur la grossesse et l’accouchement) ne s’en mêle, accoucher était une affaire de femmes. Pas de blouses blanches, pas d’instruments de métal, pas de positions imposées.
À l’époque moderne (environ 1515-1815), le moment de la naissance appartenait entièrement à celles qui savaient : les femmes ou, plus spécifiquement, les matrones.
Ces femmes, sans formation médicale, avaient appris en observant, en écoutant, en répétant les gestes des aînées et ceux qu’elles avaient elles-mêmes pratiqués lors de leur accouchement. Les matrones étaient souvent des femmes plutôt âgées, ayant déjà eu des enfants et souvent veuves.
En effet, ces conditions réunies permettaient aux familles de ne pas craindre une quelconque jalousie venant de la matrone et un vol inopportun de nouveau-né.
Bien qu’ayant un statut un peu à part dans leur communauté, les matrones étaient toutefois respectées et récompensées lorsque les familles faisaient appel à elles : leurs services se faisaient en échange de nourriture, d’un lit ou d’autres cadeaux.
Sans être médecins, elles savaient pourtant concocter des infusions et des onguents chauffants (crèmes) pour soulager les douleurs et faciliter l’accouchement. Néanmoins, rien d’égalable à la célèbre péridurale, puisqu’à l’époque moderne la douleur était pensée comme nécessaire lors de l’accouchement.
En outre, les matrones prodiguaient également des « soins » physiques en faisant marcher la future mère afin de « faire descendre » le bébé ou en provoquant des chutes.
Contrairement à nos pratiques actuelles, la position accroupie ou debout était naturellement choisie. Loin d’être une pratique propre à l’époque moderne, cette position a été pratiquée également à l’époque médiévale et antique. Naturelle, elle permet de pousser plus facilement, aidée par la gravité.
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